Bouteille plastique : Le coup de gueule du Pr Narbonne, Toxicologue

Tribune publiée dans Le Figaro du 8 mai 2009

"La bouteille en plastique est sans risque pour la santé". Jean-François Narbonne, Professeur en Toxicologie à l'Université Bordeaux-I et Expert de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) réagit à une étude mettant en exergue un supposé danger de la bouteille en plastique pour les consommateurs. La publication d'une étude récente de l'Université de Francfort concluant que les bouteilles en plastique sont porteuses de perturbations endocriniennes en créant un excédent d'œstrogènes dans l'eau a de quoi alarmer l'opinion et a trouvé un large écho. Pourtant, les conclusions de cette étude ne tiennent tout simplement pas la route.


D'abord, elles défient le bon sens. Ainsi, on sait que les eaux les plus porteuses d'œstrogènes sont les eaux usées des centres hospitaliers. Or, l'étude des deux chercheurs allemands indique que la teneur en œstrogènes des eaux en bouteille en plastique est plus élevée que celle de ces eaux usées !


Même un non-scientifique peut s'interroger sur ces mesures et la méthode mise en œuvre pour arriver à une conclusion aussi stupéfiante que spectaculaire ! Ensuite, à aucun moment cette publication ne prend la peine de discuter les études scientifiques menées à ce sujet ces dix dernières années. C'est regrettable et douteux mais compréhensible : toutes ces études prouvent exactement le contraire…


Les données publiées avec la méthode Calux sur cellules humaines, dix fois plus sensible que la méthode employée par les chercheurs allemands, n'ont jamais montré de niveaux détectables d'activité œstrogénique (20 milliardièmes de milligramme [ou picogrammes] d'œstrogènes par litre !) dans les eaux en bouteille plastique. En outre, les deux chercheurs travaillent sur des valeurs étonnamment élevées, et ils le reconnaissent eux-mêmes (de 3 à 75 millionièmes de milligramme [ou nanogrammes] d'œstrogènes par litre.


Pour fixer un ordre de grandeur, l'eau contenue dans les bouteilles en plastique contiendrait plus d'œstrogènes que la moyenne des aliments reconnus comme étant naturellement riches en composés phyto-œstrogéniques (bière, lait de soja, vin…). Ces valeurs sont même supérieures aux valeurs trouvées dans des rivières polluées ou dans des effluents industriels ! Comment est-ce possible ?


Nos deux chercheurs expliquent que ce sont les bouteilles qui disséminent dans l'eau qu'elles contiennent des phtalates, un plastifiant chimique. Or les bouteilles en PET (polyéthylène téréphtalate) ne contiennent pas de phtalates ! Et même si l'on suppose qu'ils ont fait leur expérience avec des plastiques autres que ceux utilisés pour faire des bouteilles, l'analyse démontre qu'il faudrait une quantité énorme de phtalates pour contaminer l'eau, et encore, à des niveaux infimes, bien plus faibles que ceux qu'indiquent les chercheurs.


On se demande comment une étude aussi contraire aux normes expérimentales a pu franchir la barrière des comités de lecture de la revue où elle est publiée. En tout état de cause, ses conclusions sont fantaisistes. C'est ce qu'a également souligné l'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques (BfR), et toutes les études l'attestent : en termes de sécurité alimentaire, il n'y a aucune différence entre bouteilles de verre et bouteilles plastique en PET. Usons de bon sens et suggérons aux auteurs d'étudier la différence… entre les sources des eaux qu'ils ont utilisées. Mais ceci est un autre débat !