Gaz de schiste : de gros appétits convoitent les sous-sols

Une exploitation qui menace les eaux souterraines

Une loi interdisant l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique a été votée définitivement le jeudi 30 juin 2012 par le Sénat. Le 14 juillet lors de sa conférence de presse, François Hollande, a encore répété que tant qu'il serait au pouvoir, "il n'y aurait pas d'exploration des gaz de schistes". Pourtant, vu ce qu'il se passe en Seine-et-Marne, avec la compagnie Hess Oil qui a lancé l'exploration des sous-sols, et n'attend plus qu'un feu vert de l'Europe pour attaquer l'exploitation, on est en droit de se demander si l'exploitation des gaz de schiste n'est pas en passe de devenir réelle.


Le journal Libération titrait au début de l'été "L'Union Européenne prête à succomber au lobby du gaz de schiste". La Commission européenne doit en effet légiférer pour cet automne sur ce dossier. Pologne, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Roumanie, Lituanie, ou République Tchèque militent pour l'exploitation de leurs sous-sols. 


Actuellement, les titulaires de permis ont deux mois pour informer le Ministère de l'Ecologie des techniques qu'ils comptent utiliser. S'ils mentionnent le recours à la fracturation hydraulique, leur permis sera abrogé. Problème, d'après les associations opposées à la recherche de ces nouveaux hydrocarbures, les expériences scientifiques seraient autorisées, "pas sans une nouvelle loi sur la fracturation hydraulique", réplique le Ministère de l'Environnement.


D'après le Député Vert Yves Cochet, « Les industriels pourraient utiliser des arguties linguistiques, parler de "karcherisation souterraine" plutôt que de fracturation hydraulique ». C'est-à-dire que les industriels enverraient dans les failles des roches de l'air comprimé et non de l'eau pour déloger les poches de méthane des roches mères.


Le but étant d'échapper à la future loi, mais les dégâts sont quasiment les mêmes. Car dans la fracturation d'une roche, on s'attaque aux couches d'argile, protectrices des eaux souterraines. Et c'est là où les eaux de sources sont concernées par cette pollution, nouvelle forme de pollution industrielle. 


Dans le cas de la fracturation hydraulique, on injecte dans la veine de la roche de l'azote, de l'acide chlorhydrique et tout un tas de molécules chimiques associées à 15 000 m3 d'eau par veine "explorée". Une fois les failles ouvertes, on ne peut plus contrôler le cheminement des produits dans les nappes.


Marc Laimé, Journaliste scientifique, Expert de l'eau (http://www.eauxglacees.com/Eau-et-gaz-de-schiste-comment), propose une parade efficace, à tout élu, producteur d'eau qui serait confronté aux multinationales, industriels, qui viendraient forer près de chez vous : "L’angle d’attaque sera donc la directive-cadre européenne sur l’eau du 23 octobre 2000, qui impose à la France, comme à tous les Etats membres, de "rétablir un bon état écologique et chimique de toutes les masses d’eau à l’horizon 2015"... A partir de là, c’est simple : un quelconque projet d’extraction de gaz de schiste contredit-il les objectifs de qualité des eaux assignés par la DCE ?


Le projet d’extraction de gaz de schiste risque-t-il de perturber la qualité d’une des masses d’eau identifiées dans le cadre de la DCE, qui serait proche du site concerné ? La France compte 574 masses d’eau souterraines et 11 523 masses d’eau de surface dont 94 % sont des cours d’eau. Pour la gestion administrative de l’eau, le pays est subdivisé en comités de bassin qui ont chacun à charge de définir, sur leur territoire, les grandes orientations pour une gestion équilibrée de la ressource en eau ainsi que les objectifs de qualité et quantité à atteindre, et de mettre en place les programmes de mesures correspondants. La mise en œuvre pratique en est confiée aux Agences de l’eau et comités de bassin qui ont vu leurs missions révisées et étendues en ce sens.


Des dérogations à l’objectif d’atteinte du bon état d’ici 2015 sont possibles sous réserve de justifications. La DCE a instauré une démarche pragmatique de progrès, par cycles de gestion de six années 2009-2015, 2015-2021, 2021-2027... En mars 2010, la France rendait compte à la Commission Européenne de la mise en œuvre de la DCE, les données transmises incluant une évaluation de l’état des eaux en 2009, l’affectation à chaque masse d’eau d’un objectif, et une estimation détaillée par bassin du coût des actions nécessaires pour l’atteinte de ces objectifs. 


La France serait le 2e pays européen pour l'exploitation des gaz de schiste. Les régions concernées sont : PACA, Pyrénées, Gironde, Vaucluse, Ardèche, Var, Seine-et-Marne. 


Du point de vue législatif, la décision finale d'accorder une autorisation revient toujours au Préfet de région. Mais le code minier datant de 1819 oblige les élus à informer le public avant toute mise en oeuvre d'un forage. Même si les compagnies pétrolières et minières à la recherche de nouveaux gisements noirs ne lâcheront pas l'affaire aussi facilement, les ennemis des exploitations de gaz de schiste veillent. Tel l'eurodéputé Jo Leinen (Socialiste, Allemagne) qui vient d'exprimer son souhait pour l'adoption d'une législation européenne sur la qualité de l'énergie. Président de la Commission Environnement (Envi) du Parlement Européen, il estime qu'il faudrait encadrer l'usage des carburants nocifs pour l'environnement. Une telle législation viserait les hydrocarbures non conventionnels, tels que le pétrole issu des sables bitumineux et surtout le gaz de schiste. La France est riche en gaz avec 3900 milliards de litres de gaz inexploités dans ses sous-sols.