01-10-2010

L’eau en carafe la plus chère

Vente d'eaux surfiltrées en carafe : le restaurant est tenu de l'indiquer


Vous prendrez bien une eau plate ou une "eau agitée" pour accompagner votre salade ? Dans la restauration de luxe, la carafe d’eau du robinet n’a pas droit de cité, on garde cela pour les cantines et les bistros de quartier. Non, la carafe d’eau du robinet se pare de ses atours les plus chics, et prend des noms "wertheriens".


Chez Fauchon et chez d’autres établissements de luxe du quartier de la Madeleine où la Société Nordaq-Fresh fait des affaires en vendant des machines à traiter et à gazéifier l’eau du robinet, on parle comme dans la parfumerie de luxe : « L’eau de Fauchon » apparaît sur la carte à 7 euros les 50 cl. Fresh, « l’eau de dégustation », 100 cl, s’affiche à 8 euros. Sans autres mentions, devant les classiques bouteilles d’eau qui sont reléguées en bas de liste.


La question taraude les plus pragmatiques : pourquoi payer de l'eau du robinet en carafe le même prix, voire plus cher qu'une eau en bouteille qui présente, elle, bien d'autres qualités, que ce soit gustatives, du point de vue de la santé, ou de son origine naturelle ?


Il faut bien le reconnaître, c'est le manque d'informations qui conduit les 3/4 des consommateurs à opter pour cette eau et à payer pour un produit dont ils ignorent tout, et qu'on va jusqu'à lui faire passer -sans le dire- pour une eau en bouteille. Comment marger plus, avec un produit bas de gamme ? Tel est le but de l’exploitant et du restaurateur. Une arnaque cousue main. Pourtant la loi est très claire sur ce genre de produit. Il ne doit pas y avoir d'ambiguïté possible. Et le consommateur doit être clairement informé de ce qu'on lui présente.


Que dit la loi sur les eaux provenant du robinet, surfiltrées, et vendues au restaurant Les eaux provenant des réseaux de distribution collectifs que l'on trouve habituellement dans une simple carafe accompagnant le repas, font parfois l'objet d'une surfiltration afin, notamment, d'en éliminer le goût chloré. 


Ajoutons que la vente de ces eaux de table au consommateur est licite, qu'elles aient ou non subi un traitement. Mais elle ne saurait remplacer la mise à disposition de carafe d'eau gratuite comprise avec le prix d'un repas (art 4 de l'arrêté n° 25-268 du 8 juin 1967. Les articles R.112-14 et R.112-31 du Code de la consommation disposent que les eaux de table doivent être commercialisées sous leur dénomination de vente. 


Celle-ci est définie aux articles R.1322-44-9, R.1321-87 et R.1321-91 du Code de la Santé Publique , qui distinguent trois catégories d'eau, à savoir :


1°) Les eaux minérales naturelles


2°) Les eaux de sources


3°) Les eaux rendues potables par traitements Sur les cartes et les menuspour les eaux du réseau ayant subi une surfiltration, celles-ci doivent être clairement identifiées par le consommateur avec la mention "Eau rendue potable par traitements", y compris pour celles qui ont reçu une adjonction de gaz carbonique. 


L'adjectif "minéral" et ses dérivés, ainsi que toute allégation prétendant que cette eau serait bénéfique pour la santé sont interdits. On ne peut non plus prétendre qu'il existe un lien au terroir pour ce type d'eau (elle vient du robinet) dans la mesure où la notion de source est réservée aux eaux minérales naturelles et aux eaux de sources. Tout message publicitaire concernant des substances indésirables dans les eaux fournies par le réseau de distribution, tels que les métaux lourds, pesticides ne peut être accepté car il laisse sous-entendre que ces substances sont présentes dans l'eau du réseau à des teneurs qui pourraient être néfastes pour la santé. 


Enfin, ces appareils son parés de vertus écologiques alors que leur fabrication, leur installation et leur emploi consomment énergie et matières premières, et que leur usage est superflu d'un strict point de vue sanitaire. 


Source : Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes L'eau Fresh vendue en carafe dans les restos chics et branchés dans une carafe design similaire (photo ci-dessous). De l'eau du robinet filtrée et/ou gazéifiée, proposée entre 4 et 8 euros sur table, souvent sans indication sur la nature du produit.