29-10-12

Perchlorates dans l'eau du robinet

Source : La Voix du Nord

Le malheur des uns fait-il le bonheur des autres ? Après la grave pollution au perchlorate, la Voix du Nord fait le point avec Luc Baeyens, le D.G. de Cristaline.
Pollution de l'eau : la bouteille va-t-elle faire couler le robinet ?
Publié le 27/10/2012

| PERCHLORATE | Il y a dix jours, l'alerte était donnée dans 544 communes de la région (1) : une pollution aux ions perchlorates a été détectée dans l'eau du robinet. Les nourrissons de moins de six mois, voire les femmes enceintes, sont priés de ne pas consommer. Au profit des vendeurs d'eau en bouteille ? À voir.
« C'est de l'eau potable au sens propre et au sens figuré. C'est potable, c'est tout ». Évidemment, on ne va pas demander à Luc Baeyens, Directeur Général du Groupe Alma (Cristaline, Saint-Amand mais aussi Saint-Yorre) de faire de la publicité pour l'eau du robinet. L'homme n'est pas né de la dernière pluie et sait flairer un concurrent. Mais ce serait mal le connaître que d'affirmer qu'il se réjouit de la récente découverte d'ions perchlorates dans l'eau du robinet de 544 communes de la région (nos éditions des 16 et 17 octobre) : « Ça ne nous réjouit pas. Pour nous aussi, l'eau du robinet est utile. C'est juste un produit différent de l'eau en bouteille ».

Augmentation des prix
C'est là-dessus qu'il insiste, Luc Baeyens. Qu'on ne compare (surtout !) pas l'eau du robinet à l'eau en bouteille. « Notre eau, on la livre telle quelle. À la limite, on la filtre avec du sable et elle subit une "déferrisation". C'est tout ». L'eau du robinet, elle, subit différents traitements. Y compris des ajouts de chlore.
Du coup, ça le met en rogne, Luc Baeyens, qu'on ait pu mettre sur un pied d'égalité l'eau des châteaux du même nom avec ses dives bouteilles : «  Certains ont lancé des campagnes de publicité. L'eau du robinet a voulu se comparer. Ça leur permet surtout de faire comprendre aux consommateurs qu'une petite augmentation des prix, c'est acceptable ». Des prix de l'eau du robinet qui devraient probablement augmenter suite à la découverte des perchlorates et aux investissements qui vont suivre (lire ci-contre). Mais jusqu'à présent, la pollution n'a pas augmenté les ventes du groupe Alma : « On ne voit pas de différence sur nos ventes. On a deux pics dans l'année : les canicules et la remise en route des centrales de chauffage. Si on connaît une augmentation des ventes à cause de la pollution, elle sera masquée par les effets du chauffage... ». À la direction du Groupe Auchan, on confirme que la pollution aux perchlorates n'a pas eu d'effets majeurs sur les ventes : « Nous n'avons pas noté de changements de comportement dans la consommation d'eau dans la semaine écoulée. En d'autres termes, il n'y a pas eu d'augmentation des ventes de bouteilles d'eau ». Seul le magasin Carrefour de Flers-en-Escrebieux a remarqué une croissance des achats d'eau en bouteille sans toutefois pouvoir la quantifier.
Il y a 5 000 ans
Tendance similaire observée aux Eaux de Saint-Amand - qui fait partie du Groupe Alma depuis le 28 juin. Mais Denis Ricklin, le Directeur Général, ne désespère pas : « C'est trop tôt pour dire s'il y aura un impact sur nos ventes. Il n'y a pas eu d'effet panique. Mais attention, il y a des stocks tampons chez nos clients ». Au passage, c'est de bonne guerre, le dirigeant en profite pour rappeler que dans ses bouteilles, « c'est zéro perchlorate ». Et quand on lui fait remarquer qu'une campagne de publicité pour la Saint-Amand est opportunément sortie (y compris dans nos colonnes) juste après la découverte du perchlorate, Denis Ricklin plaisante : « On a tout de même le droit de rappeler qu'on a une eau extrêmement saine ! ». Pas trop de mal. Grâce à une datation au carbone 14, on sait désormais que l'eau qui jaillit naturellement à Saint-Amand est tombée du ciel il y a 5 000 ans. À une époque où l'homme inventait l'écriture. Pas encore l'industrie nucléaire, les antibiotiques ou les engrais chimiques... Des arguments qui pourraient finir par porter. Surtout si l'eau du robinet continue à être régulièrement montrée du doigt. « Si on peut avoir un marché qui reprend un peu, conclut Luc Baeyens, parce que les ventes d'eau en bouteille ont diminué d'environ 25 % entre 2005 et 2010 ». • 
PAR PIERRE-LAURENT FLAMEN 
LA VOIX DU NORD